Contre le patriarcat! Contre le capitalisme!
Le discours présenté à la manifestation anticapitaliste le 1ier mai 2010. Un appel à la mobilisation féministe pour le g20.
Encore une fois, nous pouvons voir que le capitalisme génère une crise économique. Et si pour une fois c’était nous qui causait une crise ? Nous, féministes organisées au sein de la coalition féministe radicale contre le G20, voulons causer une crise !!!
Comme vous le savez probablement, du 25 au 27 juin prochain, les dirigeants des 20 pays les plus industrialisés et les plus riches de la planète se rencontreront à Toronto, accueillis par notre cher premier ministre Stephen Harper. À plusieurs reprises par le passé, ces dirigeants se sont rencontrés pour discuter du sort du monde et pour prendre d’importantes décisions autour de quelques bouchées de caviar. Chaque fois qu’un de ces sommets de riches a lieu, des gens sortent dans les rues pour protester. Cette année ne fera pas exception, plusieurs syndicats, ONG et groupes anti-capitalistes et féministes s’organisent pour faire le voyage jusqu’au centre-ville de Toronto pour crier leur colère.
Notre coalition s’est formée à Montréal en février dernier pour mettre de l’avant une analyse féministe du G20 et du capitalisme, une analyse qui est trop souvent négligée. En effet, oui nous sommes contre le capitalisme, mais nous déplorons que dans notre lutte commune, plusieurs oublient de lutter contre le patriarcat. Nous serons aussi dans les rues de Toronto pour nous faire entendre ! Nous jugeons qu’il est nécessaire d’agir parce que les décisions de ces dirigeants, qui n’ont aucune légitimité politique, seront prises en fonction des priorités des hommes et des plus riches et toucheront durement les femmes partout sur la planète. Le système capitaliste a absolument besoin d’exploiter la force de travail des femmes, qui comptent parmi les plus pauvres, afin de se maintenir en place.
Dans le monde, deux tiers du travail des femmes n’est pas rémunéré, tandis que deux tiers du travail des hommes l’est. 70 % des pauvres et 60 % des analphabètes sont des femmes. Au Québec, le revenu total des femmes représente à peine 60 % des revenus totaux des hommes. Près des deux tiers des emplois au salaire minimum sont occupés par des femmes. Les femmes sans diplôme ont beaucoup plus de difficulté que les hommes à intégrer le marché du travail et à diplôme égal, les hommes occupent de bien meilleurs emplois.
En plus de voir leur force de travail mise au service d’employeurs masculins, elles doivent s’occuper des tâches domestiques que les hommes s’approprient gratuitement. Des travaux qui sont pourtant rémunérés lorsqu’ils sont effectués en dehors de la maison… Avons-nous besoin de rappeler que le système capitaliste et le patriarcat travaillent ensemble et qu’ils se renforcent l’un l’autre ? Sans oublier que le système capitaliste, en gardant les femmes dans la pauvreté, va de paire avec la contrainte à l’hétérosexualité. Les femmes sont souvent forcées de trouver un compagnon pour compenser leur moins bon salaire et ainsi améliorer leur qualité de vie. Et la contrainte à l’hétérosexualité signifie aussi un plus grand risque pour les femmes de devenir enceinte…
Un des principaux sujets de ce sommet sera d’ailleurs la santé maternelle et infantile. Le gouvernement canadien proposera différentes mesures concernant l’immunisation, l’accès à l’eau potable et la saine nutrition…mais rien concernant la contraception et l’avortement ! A-t-on besoin de rappeler que 70 000 femmes meurent chaque année à cause d’un avortement bâclé ? A-t-on besoin de rappeler que l’accès à la contraception diminuerait le nombre d’avortements illégaux et dangereux de 20 millions à 5 millions ? A-t-on besoin de rappeler que les décès maternels seraient réduits de 70 % si les besoins en pilule contraceptive étaient comblés à l’échelle de la planète ? A-t-on besoin de rappeler que la planification familiale éliminerait les deux tiers des grossesses non-désirées et les trois quarts des avortements à risques ? Le gouvernement conservateur reste de glace devant ces chiffres et n’a pas dit clairement s’il entend inclure le financement de la contraception et de l’avortement dans les mesures qu’il veut proposer au sommet du G20. Aussi, au Canada, pendant que le gouvernement promeut ses politiques natalistes, il passe sous silence le fait qu’il encourage directement et indirectement la stérilisation forcée des femmes Inuits. Nous dénonçons le double discours du gouvernement conservateur et la complicité des pays du G 20 qui, sous le couvert du racisme, refuse que les femmes blanches aient accès à la contraception pendant qu’ils participent, en silence, à la stérilisation des femmes Inuits. Assez, c’est assez ! Nous dénonçons le racisme et le sexisme des décideurs en refusant le contrôle de nos corps, peu importe si c’est pour nous forcer à avorter ou pour nous obliger à enfanter.
En effet, pourquoi le gouvernement n’accepte pas que ce sont les femmes et uniquement les femmes qui ont le droit de choisir si elles veulent des enfants ou non ? Pourquoi est-ce que ce sont encore et toujours les hommes qui se prononcent sur la santé des femmes ? Peut-être parce que les hommes veulent conserver le privilège de disposer du corps des femmes ? Peut-être à cause du mythe qui nous fait croire que les femmes majoritaires sont faites pour avoir des enfants et qu’elles sont des reproductrices sans fin ?
Alors que ces dirigeants tenteront de trouver des solutions à la crise financière que nous vivons, nous crions haut et fort que nous voulons une crise de l’ordre patriarcal et pour ça, la résistance féministe est de mise !!! Nous refusons que le capitalisme et le patriarcat s’érigent sur le dos des femmes! Et si nous refusions de nous occuper seules des enfants, de vos parents, de vos grands-parents, de vos proches malades et mourants ? Et si nous refusions de torcher vos maisons ? Et si nous refusions de rester enfermées à la maison ? Et si nous refusions de travailler gratuitement ? Et si nous refusions d’être payées moins cher que les hommes et d’occuper les emplois les plus déqualifiés ? Et si nous refusions de laisser les hommes avoir le contrôle de notre corps ? Et si nous refusions de nous marier et de faire des enfants ? Et si nous refusions de baiser avec des hommes ? Et si nous sortions toutes dans la rue pour crier notre colère…nous refusons d’être soumises pendant que les mâles capitalisent !!!
À toutes celles qui refusent d’être soumises!
À toutes celles qui veulent une crise!
Venez marcher avec nous dans notre contingent féministe non-mixte !!!
